Qu'est-ce qu'un ransomware ?
Un ransomware (ou rançongiciel) est un logiciel malveillant qui chiffre les fichiers de votre système informatique et exige le paiement d'une rançon, généralement en cryptomonnaie, pour vous restituer l'accès à vos données. Les variantes modernes pratiquent la "double extorsion" : en plus du chiffrement, les attaquants menacent de publier vos données confidentielles si vous ne payez pas.
En France, le nombre d'attaques par ransomware a explosé ces dernières années. L'ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'Information) constate que les PME et ETI représentent désormais plus de 50 % des victimes. Les montants demandés varient de quelques milliers à plusieurs millions d'euros, mais le coût réel d'une attaque va bien au-delà de la rançon : arrêt d'activité, perte de données, atteinte à la réputation et frais de remédiation.
Comment fonctionne une attaque ransomware
Comprendre le mécanisme d'une attaque permet de mieux s'en protéger. Voici les étapes typiques :
- Vecteur d'infection : dans 80 % des cas, l'attaque commence par un e-mail de phishing contenant une pièce jointe piégée ou un lien malveillant. Les autres vecteurs incluent les failles de sécurité non corrigées (RDP exposé, VPN vulnérable) et les téléchargements compromis.
- Phase de reconnaissance : une fois dans le réseau, l'attaquant cartographie silencieusement l'infrastructure pendant des jours, voire des semaines. Il identifie les serveurs critiques et les sauvegardes.
- Élévation de privilèges : le malware acquiert des droits administrateur pour maximiser l'impact de l'attaque.
- Exfiltration de données : les données sensibles sont copiées vers des serveurs externes avant le chiffrement.
- Chiffrement et demande de rançon : les fichiers sont chiffrés simultanément sur l'ensemble du réseau. Un message de rançon apparaît sur les écrans.
Attention : le temps moyen de présence d'un attaquant dans un réseau avant le déclenchement du ransomware est de 11 jours. Pendant cette période, il détruit ou chiffre aussi vos sauvegardes si elles sont accessibles depuis le réseau.
Les réflexes immédiats en cas d'attaque
Les premières minutes sont critiques. Voici les actions à entreprendre immédiatement :
1. Isoler les machines infectées
Déconnectez immédiatement les postes infectés du réseau (câble Ethernet et Wi-Fi) sans les éteindre. L'objectif est de stopper la propagation du chiffrement aux autres machines et serveurs. Si le ransomware semble se propager rapidement, coupez les commutateurs réseau pour isoler l'ensemble du réseau.
2. Ne pas payer la rançon
Toutes les autorités (ANSSI, CNIL, Europol) déconseillent formellement le paiement de la rançon. Les raisons sont multiples :
- Le paiement ne garantit pas la récupération de vos données (30 % des victimes qui paient ne récupèrent rien)
- Vous financez directement le crime organisé
- Vous vous signalez comme une cible qui paie, augmentant le risque de nouvelle attaque
- Depuis 2023, le paiement d'une rançon doit être déclaré aux autorités sous 72h pour être couvert par votre assurance cyber
3. Alerter et documenter
Prévenez immédiatement :
- Votre prestataire informatique ou équipe IT interne
- Votre direction générale
- Les autorités : déposez plainte auprès de la police ou gendarmerie et signalez l'incident sur cybermalveillance.gouv.fr
- La CNIL sous 72h si des données personnelles sont compromises (obligation RGPD)
- Votre assureur si vous disposez d'une assurance cyber
Documentez tout : captures d'écran du message de rançon, horodatage des événements, machines touchées, dernières actions effectuées par les utilisateurs concernés.
4. Évaluer l'étendue de l'attaque
Identifiez précisément quels systèmes sont touchés : postes de travail, serveurs, sauvegardes, messagerie, applications métier. Cette cartographie est essentielle pour planifier la restauration et prioriser les systèmes critiques.
Le plan de restauration
Une fois l'attaque contenue, la priorité est la reprise d'activité :
- Vérifiez l'intégrité de vos sauvegardes : si elles n'ont pas été compromises, elles sont votre meilleur atout. Testez-les sur un environnement isolé avant de restaurer.
- Réinstallez les systèmes : ne tentez pas de "nettoyer" un système chiffré. Réinstallez le système d'exploitation à partir de supports propres.
- Restaurez par ordre de priorité : commencez par les systèmes critiques (Active Directory, messagerie, applications métier essentielles).
- Changez tous les mots de passe : l'attaquant a probablement compromis vos identifiants. Réinitialisez l'ensemble des mots de passe, en commençant par les comptes administrateurs.
- Corrigez la faille initiale : identifiez et comblez le vecteur d'entrée utilisé par l'attaquant avant de reconnecter les systèmes à Internet.
Bon à savoir : le site nomoreransom.org, une initiative d'Europol, propose des outils de déchiffrement gratuits pour certaines familles de ransomware. Vérifiez si un outil existe pour la variante qui vous a touché avant d'envisager toute autre option.
Exemples concrets d'attaques
En 2024, un cabinet comptable toulousain de 35 salariés a été victime du ransomware LockBit via un e-mail de phishing ciblé. L'attaque a chiffré l'intégralité des dossiers clients stockés sur le serveur de fichiers. Grâce à des sauvegardes externalisées quotidiennes non connectées au réseau, le cabinet a pu restaurer ses données en 48 heures. Sans ces sauvegardes, la perte aurait été irréversible.
Autre cas : une PME industrielle d'Occitanie a vu sa production arrêtée pendant 3 semaines suite à une attaque via un accès RDP (Bureau à distance) mal sécurisé. Le coût total de l'incident, incluant l'arrêt de production, la remédiation et la perte de contrats, a été estimé à 800 000 euros.
Les mesures de prévention essentielles
La meilleure défense contre les ransomware est la prévention. Voici les mesures indispensables :
- Sauvegardes 3-2-1 : 3 copies de vos données, sur 2 supports différents, dont 1 hors site et déconnecté du réseau
- Formation des collaborateurs : sensibilisez régulièrement vos équipes au phishing et aux bonnes pratiques de sécurité
- Mises à jour systématiques : appliquez les correctifs de sécurité dès leur publication, en priorité sur les systèmes exposés à Internet
- Solution EDR/XDR : déployez un outil de détection et réponse sur les postes et serveurs, bien plus efficace qu'un antivirus traditionnel
- Segmentation réseau : cloisonnez votre réseau pour limiter la propagation en cas d'intrusion
- Authentification multifacteur (MFA) : activez le MFA sur tous les accès critiques (messagerie, VPN, administration)
- Plan de reprise d'activité (PRA) : documentez et testez régulièrement votre procédure de reprise en cas de sinistre
Conseil CoreWave : nous recommandons de réaliser au minimum un test de restauration complet par trimestre et une simulation d'attaque annuelle pour valider l'efficacité de votre plan de réponse aux incidents.
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